On peut tenter de définir le croquis rapide comme une tentative de saisir, voler en quelques traits essentiels la force qui se dégage de la pose, du geste, du mouvement esquissé, de la vie mais aussi, autant que possible, la grâce d’un corps, d’une courbe, la grâce d’un moment… fixer quelque chose de la puissance du charme, de la beauté… Quête difficile, sommet inaccessible. Captivant combat avec les limites du geste, les limites de la main qui voudrait obéir mieux à la volonté, être moins gauche. Quête de la magie d’un jour faste où la plume est docile et où les muses sourient enfin et sont généreuses. Et puis il y a ce rapport singulier à la matière, à l’outil sans âge, beau par sa simplicité : la plume, le calame, le pinceau, le charbon de bois, le brou de noix, vieux comme le monde du croquis, la matière du papier, son grain. Instants de bonheur où l’on se projette tout entier dans un geste millénaire, celui de la création. Il n’y avait rien et puis, là, naît quelque chose comme le reflet d’une âme…
Christian Conrardy |